21 avril 2009

L'année dernière à Marienbad. Le travail de fragmentation filmique de Resnais

L'année dernière à Marienbad

de Alain Resnais

I Fiche d'identité :

  • Titre original : L'Année dernière à Marienbad.

  • Durée : 93 minutes. Film en noir et blanc. 35 mm

  • Date de sortie en France : 1961. Pays de production : France et Italie. Langue de tournage : le français. Co-production franco-italienne

  • Sociétés de production : Terra Film (Paris), Société nouvelle des Films Cormoran, Précitel, Como-Films (Paris), Argos Films, Les Films Tamara, Cinetel, Silver Films, Cineriz (Rome)

  • Distributeur d'origine en France : Cocinor

  • Palmarès : Lion d'Or au Festival de Venise de 1961 (présentée dans le générique comme la plus grande récompense du cinéma mondial) pour ce deuxième long-métrage de Alain Resnais

II Au générique :

  • Réalisateur : Alain Resnais

  • Scénario, dialogues : Alain Robbe-Grillet. Alain Resnais a souvent obtenu la complicité d'écrivains célèbres afin d'élaborer les scénarios de ses films. C'est la cas également dans Nuit et Brouillard. Jean Cayrol est l'auteur du texte lu par Michel Bouquet

  • Directeur de la photographie/Images : Sacha Vierny. À la caméra : Philippe Brun

  • Décorateur : Jacques Saulnier. Assisté de Georges Glon, André Piltant et J.J Fabre

  • Photographe de plateau : Georges Pierre

  • Chef électricien : Elie Fontanille

  • Chefs machinistes : Louis Balthazard et René Stocki

  • Montage : Henri Colpi et Jasmine Chasney

  • Ingénieurs du son : Jean-Claude Marchetti et Guy Villette

  • Premier assistant-réalisateur: Jean Léon

  • Second assistant-réalisateur : Volker Schlöndorff

  • Premier assistant opérateur : Guy Delattre

  • Second assistant opérateur : François Lauliac

  • Sript-girl : Sylvette Baudrot

  • Régisseur général : Michel Choquet

  • Musique : Francis Seyrig, (lien avec l'actrice principale, Delphine Seyrig). À l'orgue : Marie-Louise Girod

  • Maquilleuse : Elyane Marcus. Chef maquilleur : Alexandre Marcus

  • Costumes : Bernard Evein. Robes de Melle Seyrig : Chanel

  • Directeur de production : Léon Sanz

  • Secrétaire de production : Janine Thaon

  • Producteur : Anatole Dauman

III Personnages principaux et résumé de l'histoire :

  • Une jeune femme, interprétée par Delphine Seyrig, ne cesse de croiser à différents moments dans les salons, les couloirs et les allées du jardin d'un grand et luxueux hôtel d'une ville allemande :

  • Un homme inconnu à l'accent italien, interprété par Giorgio Albertazzi. Celui-ci fait tout pour lui rappeler à maintes reprises leur première rencontre dans ce même hôtel, il y a un an et la promesse que la jeune femme lui a faite de partir avec lui en quittant pour toujours :

  • L'homme brun des jeux de cartes et de logique, son compagnon officiel, interprété par Sacha Pitoëff.

    La persévérance de l'homme à l'accent italien pour reconquérir la jeune femme va payer. Les flash back incessants sous forme de patchwork des instants passés ensemble vont finalement aboutir à un rendez-vous des deux amants sur les coups de minuit pendant une réprésentation théâtrale dans l'hôtel. Voyant que son compagnon/mari ne s'est pas présenté à elle pour la retenir, la jeune femme décide de quitter l'hôtel et son ancienne vie avec afin de rejoindre l'amant inconnu rencontré il y a une an

    IV Schéma de construction du film :

    (Difficile de dégager un découpage séquentiel du film de Resnais puisque tout le film est construit autour d'une structure destabilisante pour le spectateur. Son originalité réside dans le montage complexe, avec une répétition des scènes reprise à d'autres moments dans le récit. Ce n'est pas une histoire linéaire avec des rebondissements dramatiques etdes changements de lieux clairement distingués. On peut néanmoins proposer le schéma suivant)

  • Séquence 1 : Séquence introductive avec une mise en abyme qui fera écho à la fin du film.

    La voix off d'un homme se confond avec la bande musicale. Alternativement, on entend parfaitement l'orgue puis la voix de cet homme qui est en train de décrire une architecture, un décor. La caméra met successivement en valeur des plafonds aux moulures travaillées, des lustres etc. Elle va descendre ensuite à hauteur d'homme. Le spectateur arrive dans un décor de théâtre. Dans la pénombre, on aperçoit les spectateurs assis, très attentifs. Le voix off reprend en boucle ce qu'elle vient de dire sur la description d'un décor.

    Plan sur la scène de théâtre.

    « Venez-vous »,demande la voix off. L'actrice lui répond : « Il me faut encore attendre ». (Glissement qui fracture la cohérence narrative. L'action au théâtre se confond avec celle du film.

    La représentation met en scène deux acteurs, un homme et une femme. La voix off à l'accent italien est celle de l'acteur. On croit que c'est sa véritable voix. Mais en fait sa voix va changer. L'accent italien disparaît. C'est la voix de l'acteur que l'on entend; On se trouve alors véritablement dans la représentation théâtrale. Elle ne fait qu'annoncer l'issue du récit-cadre de Resnais. Mélange voix off et voix de l'acteur. Ses répliques reprennent certains passages de la description faite en voix off. Après la dernière réplique de l'actrice : « Je suis à vous », le rideau se baisse et les applaudissements des spectateurs assis retentissent.

  • Séquence 2 :

    Les spectateurs se lèvent mais se figent comme des statues (celles évoquées par le personnage et la voix off ?). Les dialoguent et commentaires entre les spectateurs reprennent et se figent à nouveau.

    Dans un hall d'hôtel.

    Conversation entre un homme et une femme. L'orgue joue de plus en plus fort. Deux hommes discutent et répètent la même réplique : « Ca devait être en 28 ». Dialogues répététifs entre les spectateurs qui sont désormais dans le hall de l'hôtel. Retour de la voix off sur la description des lieux (« Boiseries », « baroque »). Autre conversation entre un homme et une femme : « On revient toujours ici ». On passe à d'autres personnes. « Vous ne connaissez pas l'histoire? ». Récit d'un fait déroulé l'an passé. La caméra s'éloigne. Le spectateur n'entend pas la suite de la conversation.

    (Incompréhension du spectateur. Dérouté, mal à l'aise. Plongé dans l'absuudité. Effets recherchés par Alain Resnais).

  • Séquence 3 :

    Jeux de cartes entre hommes. Explication des règles. La voix à l'accent italien qui n'est plus off mais dans le champ : « J'ai l'impression de vous connaître ».

  • Séquence 4 :

    Une femme dans un couloir admire la décoration somptueuse autour d'elle. Un couple danse. Une jeune femme brune et l'homme à l'accent italien qui introduit le film par sa voix off.

    Elle : « Pourquoi me regardez-vous ainsi ?

    Lui : « Vous semblez ne pas vous souvenir de moi »

  • Séquence 5 :

    5 hommes alignés les uns à côté des autres, chacun avec une arme à la main. Ils se retournent un par un. Coup de feu pour tirer sur une cible. Autre rangée d'hommes alignés, même mise en scène. Quand l'homme à l'accent italien avec qui la jeune femme à danser se retourne pour tirer, apparaît dans le plan la jeune femme brune.

    Reprise de la voix off sur ce plan de la jeune femme en robe noire dans une salle obscure : « La première fois que je vous aie vue, c'était dans le jardin, vous étiez seule.Vous ne m'avez pas vu venir » Elle lui rétorque : « Je ne crois pas qu'il s'agisse de moi. Vous devez vous tromper ». Elle se tourne. L'homme à l'accent italien est auprès d'elle dans cette salle sombre. « J'aime, j'aimais déjà vous entendre rire ».

    Panoramique dans la pénombre. D'autres personnages sont là. La voix off poursuit.

    Un autre homme se met à compter : « Un, deux, trois ... » (son extra diégétique) La jeune femme brune apparaît en haut d'un escalier.

  • Séquence 6 :

    Retour dans la clarté. L'homme qui comptait est le joueur de cartes (le son revient dans le champ). L'homme à l'accent italien est à droite. Quand il se rapproche du joueur de cartes, sa voix off reprend : « Une fois de plus nous nous sommes trouvés séparés ».

    Les joueurs manipulent des allumettes. L'un d'eux perd : « Non, c'est impossible », s'exclame-t-il. L'homme à l'accent italien s'installe à son tour à la table de jeux. « Et si c'était à vous de jouer le premier », lance-t-il au joueur brun. Pendant qu'il joue, il déclare en voix off : « Une fois de plus je m'avançais, seul ... » Il perd. Regards insistants entre les deux hommes.

  • Séquence 7 :

    Voix off de l'homme à l'accent italien : « Une fois de plus tout était désert dans cet hôtel ».

    Les personnages figurants sont figés. La femme brune est à la réception de l'hôtel. La voix off énumère les lieux déserts de l'hôtel. « Le jardin comme tout le reste était désert (...) C'était l'année dernière. Un an déjà. Vous du moins vous n'avez pas changé. Vous avez toujours les mêmes yeux absents, même sourire, même rire ».

    Plan de la jeune femme assise.

    La voix off : « Souvenez-vous, c'était dans le jardin ».

  • Séquence 8 :

    Travelling dans le jardin, le jour. Le jeune femme est sur la terrasse de l'hôtel.

    Voix off avec effets de correspondance avec l'image (espace sonore hors-champ) : « Vous vous teniez sur une balustrade de pierres, sur laquelle votre main était posée ». Au fur et à mesure qu'il décrit la scène, la jeune femme reproduit les gestes énoncés par l'homme à l'accent italien.

    Travelling sur la statue d'un couple évoquée par la voix off. La jeune femme brune et l'homme émettent des hypothèses sur la signification de cette statue. (Comme le spectateur émet des suppositions depuis le début du film sur le sens de l'histoire du film).

    La voix off : « Vous m'avez demandé le nom des personnages. Je vous ai répondu que ça n'avait pas d'importance » (Correspondance et écho à la diégèse du film. Les personnages principaux sont anonymes).

    « Vous n'étiez pas de cet avis et vous vous êtes mise à leur donner des noms. Je vous ai dit que c'était vous et moi ou n'importe qui ».

  • Séquence 9 :

    Plus de voix off. Vrai dialogue entre l'homme et la femme sur la statue et son interprétation. L'homme veut l'inviter à voir un autre statue. La femme « Non je n'ai pas envie c'est trop loin ». Il lui tend la main : « Je vous en prie »

  • Séquence 10 :

    Reprise du « Je vous en prie », cette fois-ci à l'intérieur de l'hôtel. L'homme tend la main à la jeune femme adossée à l'escalier en bas. Elle lui répond non par un signe de tête. « Je vous répète que c'est impossible... ». Le dialogue en voix off reprend : « Bien c'était ailleurs ». L'homme à l'accent italien énimère des lieux. « Ou même ici dans ce salon, vous m'avers suivi jusqu'à ce que je vous montre cette image ». Plan sur un dessin représentant un jardin.

  • Séquence 11 :

    L'homme détaille à la jeune femme le jardin où l'on retrouve la statue. L'homme regarde vers le dessin en poursuivant sa description mais la femme regarde ailleurs. L'homme au jeu de cartes arrive : « »Pardonnez-moi cher Monsieur, je crois que je peux vous renseigner de façon plus précise. Cette statue représente Charles III et son épouse mais ne date pas de cette époque... » Cet homme donne l'interprétation définitive à cette statue.

  • Séquence 12 :

    L'orgue joue à nouveau.

    Changement de lieu. On retrouve la jeune femme dans le jardin près de la statue.

  • Séquence 13 :

    L'homme à l'accent italien longe un couloir en costume. Il s'approche d'un autre dessin d'un jardin dans un autre style. Panoramique à gauche qui montre une statue au fond d'un couloir.

  • Séquence 14 :

    Dans le hall d'hôtel, entouré de monde, la jeune femme avance en robe noire tandis que les autres clients restent figés (comme des statues qui font encore référence de manière symbolique à la statue qui a suscité tant de commentaires de la part des personnages). Seul l'homme brun des jeux de carte et de logique la suit du regard, (cela montre l'importance du personnage en le faisant sortir du lot des figurants immobiles).

  • Séquence 15 :

    La femme monte les escaliers, elle se tourne. L'homme à l'accent italien était derrière elle :

    « Vous m'attendiez ? ». « Non , pourquoi vous attendrai-je ?», rétorque la femme. Elle se retourne pour continuer à monter les escaliers. L'homme : «Je vous ai moi-même attendu longtemps », la femme: « Dans vos rêves ». Un dialogue se met en place :

    L'homme : «  Vous essayez à nouveau de vous échapper »

    La femme : « De quoi parlez-vous je ne colprends rien à ce que vous dites »

    L'homme : « Si c'était un rêve, pourquoi auriez-vous peur ? »

    Le femme : « Eh bien racontez la suite de votre histoire »

    L'homme raconte ce qui s'est passé interrompu par la jeune femme qui insiste sur les détails : « Nous nous sommes revus le même jour » Elle : « En quels lieux étaient cettes fois ? Gros plan sur le visage de l'homme qui ne répond pas.

  • Séquence 16 :

    « En quels lieux ça n'a pas d'importance », répond l'homme en voix off dans un autre lieu: le jardin. Effet de montage récurrent à tout le film : tous les éléments sont liés et sont repris d'une séquence à une autre. C'est un montage tout en transition.

    La voix off enchaîne : «  Vous étiez au milieu d'un groupe d'amis, de gens que je ne connaisais à peine... » Au fur et à mesure du récit de l'homme en voix off, on voit la femme avancer dans le jardin pour prendre une allée, puis une autre, elle hésite, elle court comme si elle était perdue.

    L'homme en voix off : «  Vous vous mêliez à la conversation avec un entrain qui m'a paru factice ». L'homme prétend que les personnes avec qui elle était ne la connaissait pas. « Vous évitiez mon regard, vous le faisiez exprès ». « J'attendais », s'arrête t'il. La femme avance en s'approchant de la caméra. Au moment où elle se rapproche de plus près, la voix off précise qu'ils commencent à se parler.

  • Séquence 17 :

    Tous les clients de l'hôtel sont dehors sur la terrasse qui surplombe le jardin.

    La voix off reprend son récit là où il en était (Nouvel exemple du montage qui lie chaque séquence grâce à la reprise su dialogue) : « J'avais l'impression que j'étais le seul à comprendre vos paroles, j'étais peut être le seul à les avoir entendues »

    Long échange de regard entre l'homme et la femme pendant que les autres la regardent figés.

    La musique rententit à ce moment du film

    « Pour rompre le silence quelqu'un a parlé » (...)« Je ne me souviens plus de ce que nous avons dit ensuite » hésite la voix off de l'homme.

  • Séquence 18 :

    Changement de lieu à nouveau : à l'intérieur de l'hôtel. Les clients en tenue de soirée, dansent. L'homme et la femme dansent tous les deux.

  • Séquence 19 :

    A la table de jeu, 5 hommes dont l'homme à l'accent italien qui intervient en voix off, joue aux cartes mais c'est l'homme brun qui avait fait les démontrastions de jeux de logique qui gagne la partie.

    La voix off reprend : « Vous n'aimiez pas marcher dans les graviers... » La partie de cartes se joue en même temps que le récit de la voix off évoque la talon cassé de la jeune femme.

    « J'ai proposé de vous porter... vous avez ri, vous avez dû porter vos souliers à la main jusqu'à l'hôtel ».

  • Séquence 20 :

    Retour dans la salle du bal. Les deux personnages sont au bar. La musique s'arrête pour laisser place à la voix off. « Je vous rencontrais de nouveau. Vous n'aviez jamais l'air de m'attendre mais nous nous retrouvions. C'est comme s'il n'y avait eu dans ce jardin que vous et moi ».

    Plans qui apparaissent comme des flashs de la jeune femme dans une lumière très blanche dans un autre lieu que celui du bal. Plans clipés qui s'alternent une dizaine de fois avec le commentaire de la voix off.. « Je suis montée dans votre chambre », précise la voix off.

    La jeune femme en robe de soirée se tourne progressivement vers l'homme accoudé au bar.

  • Séquence 21 :

    L'image qui apparaît comme un effet clipé se fixe cette fois-ci. La jeune femme est assise autour d'une paire de chaussures. C'est la même image à la lumière très blanche. La jeune femme éclate de rire.

  • Séquence 22 :

    Rire d'une autre jeune femme blonde lors de la soirée à l'hôtel. La jeune femme brune semble effrayée. Elle se recule de l'homme à l'accent italien.

    Retour dans la chambre. L'homme est entré. La jeune femme a peur et s'éloigne. Même mise en scène que dans la salle de bal mais rejouée ici dans la chambre, (effet de parallélisme).

  • Séquence 23 :

    Gros plan sur un verre cassé. Silence absolu. Une main ramasse un par un les bouts de verre.

    C'est un serveur accroupi. Tout le monde le fixe sans bouger. C'est un verre que la jeune femme brune a cassé près du bar quand elle a eu peur en revivant la scène de la chambre que l'on vient de voir dans la précédente séquence.

  • Séquence 24 :

    Changement de lieu dans l'hôtel. Retour sur l'homme brun des jeux de cartes. Accompagné de deux autres personnes, il met en place le jeu de logique des allumettes.

  • Séquence 25 :

    Plan en contre-plongée. Des hommes et des femmes chuchotent dans les escaliers de l'hôtel.

  • Séquence 26 :

    L'homme à l'accent italien s'avance dans un couloir. Il reprend son récit en voix off. « Toujours des murs partout autour de moi et aussi le silence. Je n'ai jamais entendu personne dans cet hôtel . Les conversations tournaient à vide comme si les phrases ne signifiaient rien ». Travelling sur une foule de personnes dans les escaliers.

    La voix off ne cesse de commenter l'ambiance dans cet hôtel. Elle donne plus de détails au spectateur : « C'étaient toujours les mêmes conversations qui revenaient.Les mêmes voix absentes. Les serviteurs étaient muets. C'était un lieu de repos » (...)

    La caméra sillonne les couloirs. On voit les gens qui restent figés dans les allées de cet hôtel.

    L'homme reprend sa description des lieux en voix off : « Il y avait partout des écritaux partout « Taisez-vous! » ».

    La musique retentit. Elle contribue à accentuer l'ambiance mystérieuse et angoissante entretenue tout au long du film.

    Plan sur la partie de jeu de cartes avec 4 hommes qui restent immobiles, figés dans leurs mouvements comme des statues.

  • Séquence 27 :

    Dans un couloir, trois hommes et une femme discutent : « Moi aussi je crois m'en souvenir ». « Vous l'avers vu vous même ? » « Allons voir à la bibliothèque ». Le spectateur surgit dans une conversation sans comprendre le sujet et sa signification.

    L'homme à l'accent italien surgit derrière eux après la déplacement de la caméra sur le groupe qui était en train de parler. Le sepctateur voit arriver la jeune femme dans un des miroirs de l'hôtel. Echange de regards et signes de tête. L'homme entame après la conversation : « Savez-vous ce que je viens d'entendre, l'année dernière à cette époque, il faisait si froid que l'eau du bassin avait gelé mais cela doit être une erreur ».

    Plan sur la femme qui ne répond rien.

  • Séquence 28 :

    Changement de lieur à nouveau. On voit la jeune femme dans la même tenue que celle que l'on vient de voir mais dans le jardin cette fois-ci. Elle discute avec l'homme :

    « Que me voulez-vous donc ? Vous savez bien que c'est impossible ».

  • Séquence 29 :

    Retour à l'hôtel. Plan sur le visage de la jeune femme. La voix off reprend : « Un soir je suis monté jusqu'à votre chambre. Vous étiez seule. » On voit alors la jeune femme en robe de soirée dans une chambre. Elle s'écrie : « Laissez-moi, je vous en supplie laissez moi ».

  • Séquence 30 :

    On retrouve la jeune femme dans une autre pièce et dans une autre tenue. L'homme revient sur d'autres détails, il reprend la conversation de la scène précédente sur l'eau du bassin gelée, (à chaque nouvelle réplique, on change de lieu. Ainsi, les séquences se répondent) : « C'était l'été(...)Vous avez raison de la glace c'est tout à fait impossible. Il est l'heure d'aller au concert. Je peux vous accompagner. »

    L'homme et la femme partent tous les deux. La caméra les suit de dos. La jeune femme s'arrête et regarde dans la direction de l'homme au jeu de cartes qui lui demande : « Vous allez à ce concert ? » La jeune femme lui répond qu'elle le retrouvera pour le dîner. Elle rejoint l'homme à l'accent italien pour se diriger vers la salle où a lieu la concert.

    La voix off fait un nouveau commentaire : « Cette histoire est maintenant déjà passée et elle s'achève, elle achève de se figer dans un passé de marbre comme ces statues, ces jardins taillés dans la pierre, cet hôtel lui-même avec ces salles désormais désertes. »

  • Séquence 31 :

    Au concert, on retrouve de dos l'homme et la femme assis tous les deux côte côte. La musique que l'on entend est désynchrone par rapport à ce que l'on voit. Effectivement, à l'écran ce sont deux violonnistes qui jouent alors que l'on entend de l'orgue.

  • Séquence 32 :

    Dans le jardin, travelling avant de l'homme et la femme qui sont figés dans les allées de ce jardin de l'hôtel. L'orgue joue un air oppressant. L'homme et la femme sont très proches l'un de l'autre. L'homme la touche et elle répond aussitôt : « Laissez-moi je vous en supplie ».

  • Séquence 33 :

    Retour au concert. Les violonistes jouent toujours en décalage avec ce que l'on entend réellement. L'orgue s'intensifie alors. On voit de face l'homme et la femme. La jeune femme regarde vers la scène quand l'homme regarde vers elle d'un air soucieux puis détourne son regard d'une manière pensive.

  • Séquence 34 :

    Dans une autre salle de l'hôtel, la jeune femme prend un thé. L'homme ne s'asseoit pas à sa table. Il lui fait un signe de tête. La femme le fixe puis elle se lève au moment où le couple quitte la table à laquelle l'homme s'était assis. Tous les deux, ils se regardent sans rien se dire. La voix off reprend le commentaire déjà entendu : « Vous n'aviez jamais l'air de m'attendre mais nous nous retrouvions à chaque fois . C'était comme s'il n'y avait eu dans ces jardins que vous et moi ». L'histoire du film se répète en boucle. Effet de récit cyclique de la voix off.

  • Séquence 35 :

    Le couple est en train de marcher dans le jardin. La voix off reprend ce qui a déjà été énoncé : « Nous parlions du nom des statues... ». Ils continuent de longer les allées du jardin jusqu'à la terrasse où la jeune femme s'accoude à la balustrade.

  • Séquence 36 :

    Toujours dans le jardin mais avec des tenues différentes ,la voix off de l'homme commente l'attitude de la jeune femme : « Vous demeuriez toujours à une certaine distance comme sur le seuil d'un lieu trop sombre. » La jeune femme brune n'est pas dans le champ lui en revanche est visible dans le plan à droite. Toujous en voix off l'homme dit : « Apptochez-vous ». La femme entre alors dans le champs. « Approchez-vous plus près », insiste l'homme. La femme se rapproche à nouveau.

  • Séquence 37 :

    Retour dans le jardin. Les deux personnages se tiennent l'un près de l'autre. La femme sourit et effleure de la main, les lèvres de l'homme. L'homme lui touche sa poitrine puis elle le repousse en répétant ce que nous avons déjà entendu : « Laissez-moi je vous en supplie ».

    Sur un gros plan sur son visage, l'homme dit : « Toujours des murs, toujours des portes de l'autre côté encore des murs avant d'arriver jusqu'à vous (...) Vous êtes là à portée de mon regard (...) de ma main. » La jeune femme lui demande en souriant : « Qui êtes-vous ? » L'homme lui répond alors : « Vous le savez ». La jeune femme le questionne encore : « Comment vous appelez-vous ? » Vous voyez bien que cela n'a pas d'importance », lui répond l'homme. La femme : « Vous êtes comme une ombre et vous attendez que je m'approche. « Laissez-moi », répète-t-elle trois fois à l'homme que l'on voit en gros plan.

  • Séquence 38 :

    L'homme en vois off : « Il est trop tard déjà ». À interpréter comme une réponse à la demande de a jeune femme de la laissez dans la séquence précédente ou bien phrase à comprendre par le fait que la salle de concert se vide ? La contruction que l'on a déjà remarqué en évoquant un montage qui lie chaque réplique les unes aux autres dans des lieux différents, tend à opter pour la première solution.

  • Séquence 39 :

    Retour dans le salon de thé. Sans la regarder l'homme par son récit en voix off précise : « Vous m'avez demandé de ne plus vous revoir. Nous nous sommes revus naturellement. »

  • Séquence 40 :

    Dans le jardin, la jeune femme est assise sur la balustrade. L'homme quant à lui est debout à côté d'elle.

    En voix off : « Je vous ai dit qu'il fallait partir avec moi. Vous m'avez répondu que c'était impossible. Il ne vous reste rien d'autre à faire. » L'homme et la femme sont à ce moment là assis côte à côte mais ne se regardent pas. La femme déclare : « Oui peut-être mais non. Mais pourquoi moi, pourquoi faut-il que ce soit moi ? » L'homme lui répond : « Vous n'attendiez plus rien, comme morte mais ce n'est pas vrai, vous êtes vivante, vous êtes là, je vous vois. Vous vous souvenez, ce n'est pas vrai sans doute vous avez déjà tout oublié . »

    Le regard des deux personnages se dirigents vers la caméra. L'homme répète à nouveau, comme s'il regardait la caméra : « Ce n'est pas vrai. Vous êtes sur le départ. ».

    La jeune femme lui demande : « Quelle vie espériez-vous me faire mener? » À cela, l'homme lui rétorque : « Il ne s'agit pas d'une autre vie .»

  • Séquence 41 :

    À l'intérieur de l'hôtel, dans le salon de thé l'homme développe sa réponse précédente : « Il s'agit de la vôtre. Enfin. » Il enchaîne : « Souvenez-vous, c'était le soir, le dernier sans doute. J'ai sur que c'était vous m'ayant reconnu. Vous étiez debout. Vous vous teniez là immobile. Vos yeux étaient grands ouverts. Vous avez peur. »

    L'homme du jeu de carte et de logique avec les allumettes s'approche derrière eux puis il fait demi-tour. L'homme à l'accent italien demande à la jeune femme : « Qui est-il ? Votre mari peut-être? Il vous cherchait . Vous restiez figée, absente. Il a préféré partir. Maintenant vous continuez de regarder dans le vide, de le voir. » La femme se lève et l'homme lui dit: « Vous avez peur. »

  • Séquence 42 :

    Dans la chambre de la jeune femme, sa slihouette se reflète dans deux miroirs. L'homme commente en voix off : « C'est son arrivée que vous redoutez. Il occupait une chambre voisine, séparée de la vôtre par un petit salon. Il était à la salle de jeu. Je vous avais prévenue que je viendrai. Je trouvais toutes les portes entrouvertes. Je les refermais derrière moi. » La jeune femme se retourne. L'homme lance en voix off : « Vous connaissez déjà la suite .» La jeune femme se met à crier.

  • Séquence 43 :

    Cinq hommes sont alignés les uns à côté des autres avec des armes à la main au stand de tir de l'hôtel, (plan que nous avons déjà vu). L'homme au jeu de cartes, (compagnon officiel de la jeune femme comme nous avons pu l'apprendre dans l'un des commentaires de l'homme à l'accent italien en voix off), est au milieu. La jeune femme et l'homme surplombent la salle. La femme répète à l'homme : « Non, non je ne connais pas la suite. Je ne vous connais pas, pas cette chambre avec cette cheminée ridicule avec ce miroir. » L'homme l'interroge : « Quel miroir, quelle cheminée ? » Elle lui répond : « Je ne sais plus, tout cela est faux .»

  • Séquence 44 :

    En bas des escaliers, l'homme lui rétorque : « Si c'était faux, pourquoi seriez-vous là ? »

    Il lui demande de décrire le miroir dont elle parlait. « Il n'y a pas de glace au-dessus de la cheminée, décrit la jeune femme. Elle enchaîne sur d'autres détails de la chambre.

  • Séquence 45 :

    Dans un couloir de l'hôtel, l'homme et la femme sont habillés dans une autre tenue. L'homme poursuit la conversation autour de la description de la chambre : « Quel genre de lit ? » La femme presse le pas quand elle dit ne plus se souvenir : « Je n'ai jamais été avec vous dans aucune chambre. Elle marche vite, tourne à droite en essayant de se détourner de l'homme. Celui-ci est insistant en lui disant : « Vous ne voulez pas vous souvenir parce que vous avez peur. » Il lui montre alors une photo d'elle dans le jardin. Elle ne donne pas vraiement de réponse par rapport à cette preuve : « Si, non, je ne sais plus », balbutie-t-elle. L'homme s'énerve face à son hésitation : « Cétait l'année dernière. J'ai insisté pour la prendre (...) Moi je me souviens très bien de cette chambre. » Il reprend la description de la chambre et la jeune femme l'interrompt : « Taisez-vous ! Je vous en supplie vous êtes complètement fou ! » L'homme persiste : « Vous aviez peur déjà. Je vous ai regardée laissant un peu vous débattre. Vous aimez, je vous aimais. Il y a avait quelque chose dans vos yeux. Vous étiez vivante. Souvenez -vous... » La jeune femme s'éloigne de lui en courant. L'orgue retentit avec un rythme très soutenu en accord avec l'action de la jeune femme en train de courir. Panoramique sur le jardin. La jeune femme est dehors confondue par la lumière très éblouissante de l'extérieur et par la blancheur de sa robe.Elle cache ses yeux avec son bras. La statue tant commentée par l'homme et la femme lui fait face.

  • Séquence 46 :

    La jeune femme est accoudée à la balustrade de la terrasse dans le jardin. L'homme la rejoint et lui demande : « Qu'y-a-t-il vous êtes fatiguée ?» « Ce soleil tout à coup », lui répond-t-elle. « Nous allons rentrer », décide l'homme. La jeune femme est d'accord. Ils repartent tous les deux en direction de l'hôtel mais elle casse son talon. (Scène déjà décrite auparavant en voix off par l'homme).

  • Séquence 47 :

    Succession de plans comme des flashs qui montrent alternativement les statues, la table de jeu et l'homme et la femme en train de danser.

    Ensuite, la jeune femme s'avance dans une allée de l'hôtel pui en même temps, en parallèle, on voit son compagnon distribuer les cartes.

  • Séquence 48 :

    Dehors sur un banc. Lhomme en voix off indique : « C'est ce jour là que je vous ai photographiée. Vous m'avez demandé de vous laissez une année entière pensant me mettre à l'épreuve. Mais le temps, cela ne compte pas, je viens maintenant vous chercher. »

    Bruits de l'écoulement de l'eau de la fontaine. Plan sur l'hôtel.

    La femme nie à nouveau : « Non, non, c'est impossible ! »

  • Séquence 49 :

    Près de l'hôtel, toujours à l'extérieur. L'homme tente de la persuader : « Mais vous savez bien que c'est possible, que vous êtes prête, que nous allons partir. » En pleurant, la jeune femme demande : « Qu'est-ce qui vous donne cette certitude. Pour partir où ? »

    « N'importe où, je ne sais pas », répond l'homme.

    La jeune femme résignée déclare à l'homme : « Il vaut mieux nous séparer pour toujours. L'année dernière...Non c'est impossible » Toujours en pleurant, elle poursuit : « Vous allez partir seul... et nous serons pour toujours... » Elle est interrompue par l 'homme qui s'énerve : « Ce n'est pas vrai que nous avons besoin d'absence, solitude, éternelle attente .Mais vous avez peur .»

  • Séquence 50 :

    On entend la jeune femme crier « non ! » Retour dans la chambre avec un plan sur un tableur d'une partie de chasse. La caméra fait un panoramique, la chambre est vide.

  • Séquence 51 :

    Retour sur le banc. L'homme annonce à la jeune femme : « Mais il est trop tard maintenant. »

  • Séquence 52 :

    Dans la chambre vide éclairée par la lumière du jour, on entend le cri de peur de la jeune femme : « Non! » Changement de lumière dans la chambre, c'est le soir. Un plan de l'homme et la femme dehors est glissé dans cette séquence. Le récit de l'homme en voix off reprend lorsque l'on voit la jeune femme en peignoir blanc dans la chambre : « Il venait de quitter votre chambre. Je ne saus quel scène violente, il y avait eu entre vous. » Elle tourne en rond dans sa chambre puis s'approche de la fenêtre, (plan sur la vue qui donne sur le jardin). L'orgue se met à jouer de façon stridente. La voix off poursuit : « Depuis la fenêtre de votre chambre, on aperçoit le jardin mais vous ne l'avez pas vu sortir. Cela vous aurai sans doute rassurée. » La femme s'éloigne, dos au mur de la fenêtre. La voix off de l'homme décrit les mouvements de la jeune femme. Il s'interrompt, reprend sans finir ses phrases. Mais ce qu'il décrit de correspond pas avec les déplacements de la jeune femme. Elle n'est pas près du lit comme il le dit mais le visage collé au miroir tout en s'avançant le long.

    L'homme en voix off dit fermement : « Ecoutez moi, écoutez moi, je vous en supplie. Oui il yavait un miroir. Vous vous entêtez, faire semblant de ne pas me croire. ». La jeune femme s'avance près de la porte entrouverte mais l'homme en voix off s'écrie : « Non!Non! La porte était close. » La jeune femme reste dans l'embrasure de la porte.

  • Séquence 53 :

    « Ecoutez-moi », répète l'hommeen voix off. Retour dans le jardin sur la terrasse près de la statue. L'homme donne plus d'explications sur la photo qu'il possède de la jeune femme : « J'avais gardé cette photo de vous prise un après-midi près du parc avant votre départ mais lorsque je vous l'ai présentée vous m'avez dit de nouveau que cela ne prouvait rien. »

  • Séquence 54 :

    « N'importe qui avait pu prendre le cliché », poursuit la voix off de l'homme alors que l'on voit la jeune femme dans un couloir de l'hôtel avec un livre à la main dans lequel se trouve la fameuse photographie qui sert de marque-pages.

  • Séquence 55 :

    Dans le jardin, la jeune femme est assise sur un banc. Elle sourit. C'est exactement la configuration de la photo. L'homme entre dans le cadre et s'approche de la jeune femme. En voix off, il précise : « C'est un après-midi, je viens vous annoncer que nous partirons...(la phrase reste inachevée) Mais non ! Vous n'étiez pas en train de lire » Il reprend sa phrase initiale : « ...Que nous partirons le lendemain matin pendant qu'il... » Nouvelle interruption dans son récit. L'homme et la femme discutent près de la balustrade et du plan d'eau. La voix off de l'homme ne cesse de reprendre puis de s'interrompre brutalement. Le cinéaste veut ici souligner la difficulté de se souvenir. Ces interruptions répétées marquent l'oubli de l'homme de certains détails. Alors que c'était lui qui se souvenait de tout et qui voulait rappeler certains événements à la mémoire de la jeune femme, c'est lui maintenant qui se trouve dans l'obscurité du souvenir.

  • Séquence 56 :

    (Musique avec l'orgue).

    Gros plan sur le visage de la jeune femme qui regardel'air inquiet une montre puis tous les accessoires présents dans la chambre. Elle s'allonge sur le lit. Ce mouvement est répété plusieurs fois pour signifier que l'homme ne se souvient plus de la suite. Il l'affirme en voix off : Non! Non ! Je ne me souviens plus moi-même. Je ne me souviens plus . »

    Quelqu'un frappe à la porte. L'homme brun du jeu de cartes, le compagnon officiel de la jeune femme entre : « Je frappais mais vous n'entendiez pas », dit-il. La femme lui répond : « Mais si, je vous ai dit d'entrer ». Son compagnon s'approche doucement vers le secrétaire de la chambre et demande : Qu'est-ce que cette photographie? » Elle lui dit : « Vous voyez c'est une vieille photo de moi » Un interrogatoire s'en suit :

    Lui : « De quand date -elle? »

    Elle : «  Je ne sais pas de l'année dernière »

    Lui : « Qui l'aurait donc prise »

    Elle : « Je ne sais pas Franck peut être »

    Lui : « L'année dernière il n'était pas ici »

    Elle : « Ce n'était peut être pas ici ou bien c'était quelqu'un d'autre, oui sans doute »

    Son compagnon la questionne ensuite sur son après-midi étant donné qu'il la cherchait. Puis lui dit qu'il la trouve inquiète Elle lui répond : « Je suis peut être un peu fatiguée »

    Son compagnon ajoute : « Il faut vous reposer. N'oubliez pas que nous sommes là pour ça . » Elle lui demande pour en savoir plus sur son programme : « Vous sortez? » «  Je vais aller peut être à la salle de tir. Anderson arrive demain nous déjeunerons avec lui si vous n'avez pas d'autres projets. A ce soir donc. », lui précise-t-il.

  • Séquence 57 :

    L'homme reprend son récit en voix off : « Une fois la porte refermée vous avez guetté le bruit de pas du petit salon qui sépare vos chambres mais vous n'avez rien entendu. »

    La jeune femme est allongée en peignoir à plumes blanches sur son lit. Elle regarde droit devant elle. L'homme à l'accent italien vient de franchir la porte de sa chambre, (l'orgue rententit). Elle lui fait signe de ne pas faire de bruit en s'agitant sur son lit. On entend des bruits de pas. Son compagnon est près d'une fenêtre dans une chambre de l'hôtel avec une arme à la main. Il tire. On voit la jeune femme allongée sur son lit, les jambes traînant à moitié par terre. On la voit ensuite allongée dans différentes positions. Son compagnon/ mari avance sans être armé dans un couloir de l'hôtel.

  • Séquence 58 :

    Dans un couloir, l'homme à l'accent italien parle avec la jeune femme. Il lui décrit sa posture : « Bras replié près des cheveux, une main abandonnée, l'autre sur le menton. L'index tendu sur la bouche comme pour ne pas crier. » La jeune femme mal à l'aise par les paroles de l'homme, se réfugie contre un mur et une statue du couloir. L'homme reprend : « Et maintenant vous êtes là de nouveau. Non cette fin n'est pas la bonne. C'est vous vivante qu'il me faut. Vivante comme vous l'avez déjà été chaque soir pendant des semaines, des mois. » (Il dit cela en entourant ses bras de chaque côté de ses épaules). La jeune femme lui rétorque :  « Je ne suis jamais restée longtemps nulle part. (Elle ferme les yeux en se détournant du visage de l'homme). « Oui, je sais », précise-t-il. Il caresse le visage de la jeune femme de sa main. « Vous ne vous souvenez de rien ? » répète-t-il. « Vous délirez, je suis fatiguée, laissez-moi », dit-elle. La jeune femme s'en va et l'orgue se remet à jouer. L'homme la suit du regard s'en aller au loin dans le couloir.

  • Séquence 59 :

    (La musique avec l'orgue est toujours présente). Plan sur une main qui dispose des allumettes sur une table. C'est l'homme à l'accent italien qui convoite tant la jeune femme qui est à cette table. Dans la salle de jeux, on le voit en train de jouer avec plusieurs personnes dont le compagnon officiel de la jeune femme. Celle-ci est à l'entrée de cette salle près d'un rideau en train de regarder. En arrière plan, l'homme arrive pour la rejoindre.

  • Séquence 60 :

    Dans sa chambre, la jeune femme en peignoir se retourne près de la porte. Elle cherche quelque chose dans son secrétaire. Dans un tiroir, le même cliché de la jeune femme sur un banc dans le jardin de l'hôtel est dupliqué en plusieurs exemplaires qui recouvrent tout son tiroir.

  • Séquence 61 :

    (Musique avec l'orgue). Plan large, à l'extérieur de l'hôtel. Panoramique dans le jardin avec une faible luminosité. Bruits de pas que l'on entend puis que l'on entend plus. La caméra s'arrête sur la terrasse avec une vue d'ensemble sur le jardin.

  • Séquence 62 :

    Dans la salle de jeux, une foule de personnes est en train de regarder l'homme brun, le compagnon officiel de la jeune femme, joué aux dominos avec l'homme à l'accent italien qui convoîte sa compagne.

    En voix off, on entend des commentaires. Une femme lance : « Je trouve ce jeu absurde ». D'autres commentaires sont faits sur les règles du jeu, les métodes pour gagner sans que personne ne parle à l'écran. L'homme à l'accent italien lève le bras gauche, les commentaires cessent. Son geste sert à montrer qu'il laisse son adversaire débuter la partie.

    « Je vous en prie commencer », lance l'homme à l'accent italien. L'homme brun lui répond : « Avec plaisir. Lequel voulez vous que je prenne? » « Celui-ci », dit l'homme à l'accent. La partie se conclut rapidement. « Eh bien j'ai perdu », déclare l'homme à l'accent italien. Il replace les dominos à leur place intitiale.

  • Séquence 63 :

    La jeune femme est dans sa chambre vêtue d'un peignoir à plumes blanches. Elle est allongée sur sont lit en train de disposer les exemplaires de la même photo à la façon dont les deux hommes ont disposé les dominos. Les commentaires reprennent en voix off au sujet du jeu et de la stratégie à mettre en place pour gagner : « Il faut un nombre pair comme une série logarythmique. Il faut changer de ranger à chaque fois...» etc

    L'homme à l'accent italien monte les escaliers. L'orgue rententit. Dans sa chambre, la jeune femme visible dans le miroir entend du bruit et s'inquiète. Effrayée, elle recule sur son lit lorsqu'un homme de dos entre dans sa chambre. Elle recule au fur et à mesure que lui avance. Elle lève les bras, (elle ressemble à un oiseau avec son peignoir à plumes). Elle se blottit contre le dossier de son lit alors que l'homme avance et se rapproche du lit. La caméra s'éloigne en accéléré. La voix off de l'homme reprend avec l'orgue :

    « Non, non !! C'est faux ce n'était pas de force. Souvenez-vous, pendant des jours et des jours chaque nuit. Toutes les chambres se ressemblent. »

    Travelling rapide qui longe les couloirs de l'hôtel. La musique s'accèlère. Cela crée un effet d'angoisse. La caméra pivote sur la gauche avec un fond de musique stridente. On retrouve la jeune femme en peignoir blanc au milieu de la chambre. La caméra s'avance vers elle. Elle lève les bras et lâche un grand sourire. Le plan se répète plusieurs fois.

  • Séquence 64 :

    Silence absolu. Rupture totale avec l'ambiance de la séquence précédente. Travelling qui avance à la fenêtre donnant sur la terrasse surplombant le jardin. L'homme est dans le jardin en costume. La voix off accompagné de l'orgue poursuit son commentaire : « Au milieu de la nuit, tout dormait dans l'hôtel mais nous nous sommes retrouvés dans le parc comme autrefois. M'ayant reconnu vous vous êtes arrêtée » : ce récit a déjà été entendu et se répète ici. « Les bras le long du corps. Une longue cape de couleur sombre, noire peut-être. La description faite en voix off par l'homme correspond à ce que l'on voit à l'écran (adéquation rare du son avec l' image puisque le film travaille sur les effets de fracture).

    Dans la pénombre du jardin, la jeune femme court vers l'homme pour lui parler : « Ecoutez- moi », interpelle la femme. L'homme lui coupe la parole : « Ce n'est plus possible de revenir en arrière. » La jeune femme supplie l'homme : « Essayez d'attendre un peu, l'année prochaine, ici, le même jour à la même heure et je vous suivrais où vous vous voudrez. »

    « Pourquoi désormais attendre ?», demande-t-il. La jeune femme lui répond : « Je vous en supplie. Il le faut, ce n'est pas long un an. » L'homme est d'accord : « Non pour moi ce n'est rien ».

  • Séquence 65 :

    Dans l'hôtel, on retrouve la jeune femme et l'homme dans d'autres tenues qui poursuivent leur conversation. Est-ce que un an est passé ?

    « Ecoutez-moi », lance la jeune femme

    « J'ai attendu déjà trop longtemps », déclare l'homme

    « Parlez plus bas, je vous en supplie. Croyez-vous donc que ce soit si facile ?», demande la jeune femme

    « Je ne sais pas », avoue l'homme

    « Peut être aussi que je n'ai pas beaucoup de courage. Ces quelques heures que je vous demande... » Il lui coupe la parole en s'énervant : « Quelques mois, quelques heures, quelques minutes, quelques secondes encore comme si vous étiez encore avant de vous séparer de lui, de vous même, comme si ça silhouette.. Elle l'interrompt : « Taisez-vous par pitié ». Puis elle se retourne.

  • Séquence 66 :

    Retour dans la pénombre du jardin. La jeune femme se retourne vers la caméra et déclare : « Disparaissez pour l'amour de moi ». Elle lève la main dans sa direction sans le regarder comme pour l'éloigner. Il recule de quelques pas et s'asseoit sur la balustrade pour passer par dessus. L'homme brun arrive par une allée du jardin. Gros plan sur le visage effrayé dela jeune femme. Un bruit sourd retentit. La femme se retourne. Une partie de la balustrade en pierres est détruite. La jeune femme se met à crier.

  • Séquence 67 :

    Près du bar à l'intérieur de l'hôtel, la jeune femme a la bouche ouverte. Elle est saisie par la peur. Tout le monde la regarde. Une jeune femme blonde tente de s'approcher d'elle mais elle s'arrête. L'homme brun, son compagnon officiel, s'approche d'elle. Derrière lui se trouve l'homme à l'accent italien accoudé au bar. Son compagnon lui donne un verre d'eau et lui dit : « Un malaise sans doute, un étourdissement. » « Oui ce n'est rien », rassure-t-elle . « Vous êtes mieux déjà », ajoute son compagnon. « Je vais monter je préfère être seule je m'en vais », annonce la jeune femme.

  • Séquence 68:

    Le fond musical avec l'orgue rententit pendant que la jeune femme monte les escaliers. L'homme marche dans un couloir. Sa voix off reprend à nouveau : « Une fois de plus, je m'avançais le long de ce même couloir, marchant depuis des jours, depuis des mois, depuis des années à votre rencontre. Il n'y aura pas d'arrêt possible entre ces murs. Pas de repos. Je partirai ce soir, vous emmenant avec moi. »

  • Séquence 69 :

    L'homme brun dans une chambre de l'hôtel. La voix off de l'homme avec l'accent déclare : « Il y aurait un an que cette histoire aurait commencé que je vous attendrai, que vous m'atendiez aussi. » Palan sur la jeune femme que l'on voit de profil, de dos puis de face grâce aux différents reflets des miroirs de sa chambre. Toujours en voix off l'homme déclare : « Vous n'auriez pas pu continuer à vivre au milieu de cette architecture faite en trompe l'oeil (référence aux miroirs du plan), [...] ces escaliers trop grands dans cette chambre trop ouverte.

  • Séquence 70 :

    Sur fon d'orgue, plan sur la balustrade en partie en ruines.

  • Séquence 71 :

    Dans sa chambre, la femme est allongée sur son lit aux côtés de son compagnon qui lui carresse les cheveux tout en lui demandant : « Où êtes-vous mon amour perdu ? » « Ici, je suis avec vous dans cette chambre. », lui répond-t-elle. « Mais non ce n'est plus vrai déjà « , constate son compagnon. « Aidez-moi, je vous en supplie aidez-moi, donnez moi la main », demande la jeune femme. En voix off l'homme commente : « Oui vous vous sentiez mieux. » « Serrez ma main très fort », insiste la jeune femme. Son compagnon la rassure : « Oui vous allez dormir maintenant. L'homme avec l'accent déclare en voix off : « Oui, vous serez remise d'aplomb pour l'arrivée de cet Anderson avec qui vous êtes censée déjeuner demain. » Le couple poursuit leur conversation : « Ne me laissez pas », dit la jeune femme . « Vous avez bien qu'il est trop tard », répond l'homme. « Demain je serai seul. Je pousserai la porte de votre chambre, elle sera vide », explique-t-il avec lucidité.

    L'homme en voix off revient sur la malaise près du bar de l'hôtel :

    « Vous ne savez pas ce qui vous a pris tout à l'heure dans le grand salon. Vous ne vous souvenez plus très bien de ce qui s'est passé. Vous espérez ne pas avoir causé trop de scandales en poussant ce cri. » Son compagnon se lève du lit pour sortir de la chambre. La femme quant à elle reste allongée immobile sur son lit.

    La voix off poursuit : « Une fois éloigné ce qui peut être votre mari que peut être vous aimez que vous allez quitter ce soir pour toujours sans qu'il le sache encore, vous avez rangé quelquues objets personnels et préparé ce qu'il fallait pour changer rapidement de tenue. Il était convenu que nous partions dans la nuit. » Plan dans la salle de jeu en plongée sur une table avec sept personnes en train de jouer aux dominos.

    La voix off : « Vous avez voulu laisser encore une chance à celui qui vous retenait encore. Je ne sais pas j'ai accepté. Il aurait dû, pu venir vous reprendre.

  • Séquence 72 :

    Plan sur une affiche : « Rosmer ». L'affiche du spectacle de théâtre que l'on a vu au début.

    L'homme reprend sa description en voix off : « L'hôtel était désert comme abandonné. Tout le monde était à cette soirée théâtrale annoncée depuis si longtemps. C'était je crois...Je ne me souviens plus du titre. » Plan sur les acteurs sur la scène de théâtre. « La pièce ne devait s'achever que tard dans la nuit. Après vous avoir quittée allongée sur votre lit dans votre chambre, il s'était dirigé vers la salle du petit théâtre. Il avait pris place autour d'un groupe d'amis. Il faudrait qu'il revienne avant la fin du spectacle s'il voulait vraiment vous retenir . » L'homme avec l'accent italien donne davantage de détails dans son commentaire qui annonce l'issue finale.

  • Séquence 73 :

    (Orgue)

    La jeune femme assise en bas des escaliers, tient une lettre dans sa main qu'elle déchire. Elle a son manteau. En voix off, l'homme explique : « Vous vous êtes habillée pour le départ et vous avez commencé à l'attendre, seule, dans une sorte de hall ou de salon pour rejoindre votre appartement. Vous m'aviez demandé de vous laissez jusqu'à minuit. » Elle étale les morceaux de la lettre qu'elle a déchirée, comme les hommes ont étalé les dominos ou les allumettes. Voix off : « Je ne sais pas si vous espériez ou non sa venue. J'ai même pensé un instant que vous lui aviez tout avoué et fixé l'heure à laquelle il vous retrouverait ou bien seulement vous avez pensé que moi-même je ne viendrais pas. » Travelling sur l'homme à l'accent qui descend l'escalier. « Je suis venu à l'heure dite », explique l'homme en voix off. L'homme à l'accent descend progressivement les marches une par une. Gros plan sur le visage soucieux de la jeune femme. Une horloge sonne comme celle de la pièce au début du film. La jeune femme ferme les yeux. Les 12 coups de minuit ont sonné. La jeune femme se lève. L'homme à l'accent italien la suit. Ils traversent tous les deux le hall de l'hôtel. L'homme brun descend les escaliers. Gros plan sur son visage.

    La voix off de l'homme avec l'accent italien débute une description comme celle du début du film sur l'architecture : « Le parc de cet hôtel était une sorte de jardin à la française. Il semblait impossible de s'y perdre au premier abord. Le long des allées rectilignes entre les statues aux gestes figées et les dalles de granite où vous étiez maintenant déjà en train de vous perdre pour toujours dans la nuit tranquille seule avec moi. » Plan final sur l'hôtel.

V Mes questions et mes impressions sur le film :

- Le dispositif cinématographique de L'Année dernière à Marienbad est un dispositif atypique.

Le film de Resnais correspond davantage à une expérience cinématographique proposée au spectateur qu'à un récit en images d'une histoire d'amour banale. Cette expérience est rendue possible par le travail du cinéaste sur le son : avec l'orgue et la voix off qui s'entrechoquent ou s'intercalent au cours du film, avec le montage répétitif des séquences. La volonté de ne pas offrir au spectateur la moindre donnée psychologique sur les personnages qui restent inconnus au public. Ce sont une jeune femme, un homme puis un autre homme plus proche, son mari ou son amant. Sans identités précises. Ils se retrouvent et évoluent parmi d'autres clients et salariés de l'hôtel.

- Le spectateur est plongé dès les premières minutes du film dans un univers étrange. Celui d'un lieu clos avec pour seule ouverture un jardin immense dans lequel se perdent les personnages. Les personnages sont eux-mêmes étranges. Parfois ils parlent, parfois ils se figent comme des statues. Tout est mise en oeuvre pour mettre mal à l'aise le spectateur. Comme un peu égaré, il doit affronter une phase d'incompréhension et d'absurdité des séquences qui inaugurent le film. Il intègre l'univers et le dispostif du film choisi par Resnais. Ce dernier ne privilégie pas l'histoire à raconter au spectateur mais plutôt tous les effets mis à disposition pour la raconter. La diégèse destabilisante de L'Année dernière à Marienbad, est ce qu'il y a d'essentiel à voir et comprendre. Ainsi, la véritable histoire du film, celle d'une quête amoureuse d'un homme qui tente de rappeller à la femme qu'il aime sa promesse qu'elle lui a faite, il y a un an, de quitter son compagnon pour lui, passe au second plan. C'est pour cela d'ailleurs que le public n'a pas l'impression que le film nous raconte une histoire, tellement le récit répétif et économique présent n'est pas linéaire. Alain Resnais souhaite inviter le spectateur à s'interroger sur le sens des images, sur la valeur du son. Conséquence : le malaise du spectateur surgit du fait qu'il n'est plus passif face à l'écran. Il doit effectuer un travail d'observation et de compréhension.

- L'année dernière à Marienbad est un laboratoire d'expériences cinématographiques pour Alain Resnais. Il y effectue un travail des formes assez riches dans lequel la cohérence discurssive n'est plus la priorité. Le travail avec le son, la voix off, la musique avec l'orgue réprésentent les éléments illustrant l'originalité du film. Le travail de montage avec la fracture cause/ conséquence, les retours dans le temps, les mêmes dialoguent énoncés dans différents endroits participent à l'originalité du film. Sa structure ressemble davantage à celle d'un puzzle. Toutes les pièces de l'histoire sont à reconstituer. Ce travail des formes mettant en crise les matériaux de base du cinéma n'est pas sans rappeler celui de Roberto Rossellini inauguré avec Voyage en Italie et Stromboli. Alain Resnais semble honorer l'héritage du cinéaste italien.

VI Pistes bibliographiques

  • Biographies de Alain Resnais :

    Alain Resnais, arpenteur de l'imaginaire : de Hiroshima à Mélo. Robert BENAYOUN. Ramsay. Janvier 2008. Collection Ramsay Poche Cinéma. ISBN 2841149285

Alain Resnais. Collectif. Gallimard. Mai 2002. Folio, numéro 3687. ISBN 2070421864

  • Ouvrages

    Alain Resnais ou la création au cinéma. Paris : Librairie Duponchelle. 1990

Stable / Instable : Formes et figures de l'instalilité dans le cinéma d'Alain Resnais. [Mémoire ou

thèse] / Cyril NEYRAT. 1997

L'art d'Alain Resnais. Alain FLEISCHER, Gisèle BRETEAU-SKIRA, Alain RESNAIS. Editions du Centre Pompidou. Janvier 1999. Collection Les Cahiers du musée national d'art moderne. ISBN 2858507856

L'atelier d'Alain Resnais. F.THOMAS. Flammarion. Janvier 1992. Collection Cinémas. ISBN

2082114082

Posté par pannetier à 11:55 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur L'année dernière à Marienbad. Le travail de fragmentation filmique de Resnais

    Merci

    Merci, je viens d'acheter ce film sur iTunes...

    Posté par Rudi, 07 novembre 2010 à 13:27 | | Répondre
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