21 avril 2009

Dogville : le nouveau cinéma selon Lars Von Trier

Etude

Lars Von Trier réalise Dogville en 2003. Trois ans après sa Palme d'or pour Dancer in the Dark, le cinéaste présente son nouveau film en sélection officielle du Festival de Cannes. Un nouveau long- métrage qui inaugure une trilogie sur les Etats-Unis avec pour personnage principal une jeune femme prénommée Grace. Le rôle est interprété par Bryce Dallas Howard dans le second volet sur l'esclavage, intitulé Manderlay (2005). Wasington, le dernier volet, est en cours de préparation. Quant à la première partie, c'est Nicole Kidman qui interprète ce personnage de femme en fuite qui se cache des gangsters à sa recherche et trouve refuge dans une petite ville au milieu de nulle part : Dogville. Une ville des montagnes Rocheuses en Amérique du Nord qui se présente comme une utopie. Les quinze habitants de la ville qui vivent isolés, en dehors du temps, ont chacun une fonction qui permet d'assurer le bon fonctionnement de leur société : un transporteur, un ancien médecin, des commerçantes etc. Leur vie est bien réglée jusqu'à l'arrivée de Grace qui va perturber leur tranquilité et leurs habitudes. Tom, écrivain en devenir et maître à penser de Dogville est le premier à rencontrer Grace qui surgit du chemin des montagnes en courant. Il va se servir d'elle pour obliger le reste de la population de Dogville à travailler leur générosité et leur ouverture à l'autre. Les habitants se montrent accueillants par obligation. En échange de leur hospitalité et des risques qu'ils encourent en la protégeant, ils demandent très vite qu'elle travaille plus durement pour chacun d'entre eux alors qu'au début personne n'avait besoin de ses services. Au bout d'un an, la population va changer d'attitude envers Grace qui est toujours recherchée par les gangsters (via des affiches placardées dan Dogville). Après l'avoir protégée, les habitants vont abuser d'elle y compris sexuellement en la menaçant de la dénoncer aux gangsters. Ils vont révélés leur véritables personnalités totalement immorales et inhumaines. Mais Grace, mystérieuse sur les raisons qui l'ont poussée à fuir et à se réfugier à Dogville, va finir par dévoilé elle aussi ce qu'elle cachait pour se venger violemment des actes que les habitants de Dogville lui ont fait subir.

A travers cette histoire et sa mise en scène imaginée par Lars Von Trier dans un seul et même décor atypique se rapprochant du décor de théâtre, le réalisateur danois donne à voir au spectateur un nouveau cinéma. Dogville est une expérience cinématographique comme en a l'habitude d'en proposer le cinéaste depuis le début de sa carrière avec des films étranges et expérimentaux comme Epidemic, Element of Crime et Dimension. Ce dernier film qui sortira en 2024, permet de suivre les mêmes personnages sur 30 ans après avoir filmés ponctuellement les acteurs à partir des années 1990 afin de toucher au vieillisement réel des comédiens au service de leurs personnages. Ainsi Lars Von Trier poursuit dans chacun de ses films et notamment dans Dogville, le travail des formes entamé par Roberto Rossellini, l'instigateur du cinéma moderne après 1945. Le réalisateur danois bouscule les codes habituels du cinéma afin de s'inscrire dans la lignée des cinéastes qui ont mis en crise les matières premières du cinéma que sont les acteurs, le décor et le scénario.

Par conséquent, dans quelle mesure Dogville illustre cette volonté de Lars Von Trier de rompre avec le cinéma traditionnel afin de mettre à l'honneur une démarche artistique anti-conformiste, 60 ans après les premières propositions de modernité cinématographique ?

Plusieurs caractéristiques du film témoignent d'une recherche créative et d'une réinvention du cinéma proposée par Lars Von Trier. Le choix du décor en fait partie. Il constituerait le squelette de Dogville sur lequel repose tout le caractère moderne et expérimental du film avec une transposition du théâtre au cinéma. D'autre part, la narration, encadrée par une construction sous forme de chapitres présentés par un narrateur en voix off servant à annoncer la suite de l'histoire, proposerait un mélange des genres entre littérature et cinéma. Autant de critères qui fracturent la cohérence diégétique et la cohérence narrative afin de donner naissance à un film d'un nouveau genre. Enfin, Dogville de Lars Von Trier ne serait pas sans rappeler le film Stromboli de Roberto Rossellini par le personnage de Grace qui doit s'intégrer dans une ville hostile, complètement fermée sur elle-même. Le cinéaste danois renouvelle la tentative de mise à l'épreuve des acteurs proposée par Rossellini. Une référence implicite au néoréalisme italien qui permet à Lars Von Trier, à son tour, de réinterroger l'Histoire. En l'occurrence celle des Etats-Unis.

Exemple du dispositif cinématographique de Dogville. Un décor dessiné au sol à la craie qui entraîne une mise à l'épreuve pour les acteurs.


Le triptyque de Lars Von Trier sur les Etats-Unis inauguré avec Dogville puise toute son originalité dans le décor utilisé. Le réalisateur n'a pas l'ambition de reproduire une illusion du réel de manière à ce que le spectateur adhère à l'univers du film comme si cela était la réalité. Bien au contraire. Lars Von Trier bouscule le spectateur par son décor audacieux qui se rapproche du décor théâtral tout en longueur. Les acteurs évoluent sur un seul et unique plateau noir sur lequel des lignes blanches dessinent le nom des rues ainsi que le nom des habitants et délimitent chacune de leur maison. Toute l'histoire du film se déroule dans cet espace, de la même manière qu'une pièce de théâtre se joue pendant une heure ou plus avec le même décor. Mais quand le théâtre propose un décor riche de détails, ici le film de Lars Von Trier opte pour le décor minimaliste habituellement utilisé dans le théâtre noir.

En l'occurrence le décor de Dogville, est un décor quasiment sans mur. Un décor sans décor en quelque sorte. On en compte seulement deux servant la narration : celui de la façade de la boutique avec les poupées en porcelaine dans la vitrine qu'admire Grace en espérant toutes les acheter bientôt et celui portant la fenêtre de l'aveugle qui ne peut plus admirer la vue sur les montagnes. Ce décor épuré par la quasi absence de mur donne un effet de transparence. Tout se voit dans chaque parcelle représentant les lieux de vie des personnages. Un élément déroutant pour le spectateur notamment au moment ou Grace se fait violer la première fois. Il a l'impression que cet acte se fait aux yeux de tous sans que personne ne puisse intervenir puisqu'au premier plan on nous montre les autres habitants plongés dans leurs occupations domestiques alors que Grace est agressé à quelques mètres de là.

Un autre critère de destabilisation chez le spectateur est l'absence de porte. Les acteurs doivent faire semblant de franchir des portes invisibles. On ne les voit pas mais on les entend s'ouvrir et se refermer lorsque les comédiens les matérialisent grâce à leurs mimes. Une configuration comparable avec le chien, Moïse. Son chenil est délimité par ces mêmes lignes blanches tracées au sol. Le chien en lui-même est seulement dessiné. Il n'est pas réel. On n'entend uniquement ses aboiements qui permettent au spectateur de l'identifier comme un animal vivant. Tout comme les portes inexistantes « prennent forme » par le son que l'on entend. Un travail de synchronisation lors du montage en post-production est effectué afin d'ajouter le son correspondant aux éléments du décor que l'on ne voit pas. Un moyen paradoxal de rendre visible les mimes des acteurs. Cet effet recherché par Lars Von Trier permet d'illustrer l'importance du chien. Celui-ci devient un symbole du film. Au-delà d'inspirer le titre du long-métrage, il permet de faire une assimilation avec le traitement réservé à Grace par les habitants de Dogville qui l'enchaînent et l'obligent à porter un collier avec une cloche autour du cou. Elle est traitée comme un chien. Une humiliation qui fait de Grace une bête curieuse exploitée par les habitants. Un statut animal qui la rapproche de Moïse, le chien. D'ailleurs, c'est le seul survivant de Dogville après le massacre ordonné par Grace elle-même. Avant de partir avec son père, elle entend aboyer Moïse puis elle sort de la voiture pour le voir. Elle choisit de l'épargner en expliquant qu'un habitant de Georgetown ayant vu les flammes, le trouvera. C'est au moment où elle quitte définitivement cette ville que les lignes au sol représentant le corps du chien laissent apparaître à l'écran un véritable chien en train d'aboyer. Cette image aux effets spéciaux réussis correspond au plan final de Dogville. Ainsi on sort de l'univers que nous a imposé le film pendant près de trois heures. Le spectateur devait imaginer les murs, les portes y compris les groseilliers représentés par des cercles et repérés par le mot inscrit au sol comme une légende indicative. À la fin, l'ensemble du dispositif avec les lignes blanches représentant les élements du décor est remis en cause par l'apparition d'un véritable chien. C'est un clin d'oeil que le cinéaste fait au spectateur puisqu'il n'a cessé de jouer avec lui pendant tout le film. Lars Von Trier a contraint le spectateur à faire un effort d'imagination, à entrer dans un univers inhabituel pour tenter une autre expérience cinématographique avec un décor déroutant. De la même manière que les spectateurs ont dû imaginé le reste du décor, les acteurs ont dû parallèlement faire semblant de bêcher la terre, de ramasser les groseilles ou bien encore d'ouvrir et de fermer des portes. L'épreuve du décor a donc été commune aux acteurs et aux spectateurs. Cet emprunt du décor au théâtre noir qui permet de d'associer le cinéma à un univers théâtral n'est pas le seul critère qui participe aux mélanges des genres.




La structure du film de Lars Von Trier découpée sous forme de chapitres, inscrits sur des cartons noirs comme dans les films muets, offre à Dogville une dimension littéraire. L'histoire débute par un prologue construit comme l'incipit d'un roman. Cette construction du film rappelant celle de la littérature est d'autant plus soulignée par la présence d'un narrateur omniscient qui intervient en voix off. Ce n'est pas un personnage du film mais il est là pour nous raconter l'histoire de Dogville en transformant le scénario en une narration littéraire. De ce fait, il appartient à la cohérence narrative imaginée par Lars Von Trier : un narrateur raconte les mésaventures de Grace à Dogville en neuf chapitres qu'il commente. Il intervient parfois après le déroulement de scènes clés. Au début du film, le narrateur nous présente la ville où se déroule l'histoire ainsi que chacun des habitants avec leurs caractéristiques respectives.

Tout se met en place progressivement. Le spectateur entre dans le film presque comme un lecteur dans un livre. Presque, puisque le long-métrage de Lars Von Trier commence par le panneau indiquant : « The film Dogville as told in nine chapters and a prologue ». Un élément que l'on retrouve rarement au début d'un ouvrage littéraire et encore moins au début d'un film. Cela rejoint à nouveau les caractéristiques théâtrales qui annoncent les actes avec les personnages qui vont intervenir dans telle ou telle scène. Il est lu par le narrateur qui nous annonce d'emblée le découpage du film en neuf chapitres. Le narrateur enchaîne aussitôt sur le prologue qui annonce par avance ce que l'on va voir, (comme chacun des neuf chapitres) : « Prologue où l'on découvre la ville et ses habitants ». Il ajoute : «  Voici la triste histoire de la petite bourgade de Dogville ». Aucun effet de suspense puisque l'on sait que cela va mal se finir.

Toutes ces particularités : structure chapitrée, présence d'un narrateur etc. mettent en tension le principe même du cinéma. Contrairement aux films plus conventionnels, l'objectif ici n'est pas de raconter une histoire pour que çela fasse vrai grâce à un montage invisible et un décor qui se donne à voir comme réel. Au contraire, Dogville et ses chapitres qui apparraissent à l'écran en nous précisant en une phrase comment les choses vont se dérouler, nous rappellent sans cesse que l'on nous raconte une histoire. Rien ne fait en sorte de rappeler la réalité puisque que l'on mime des portes et que l'on dessine des arbustes au sol avec le nom à côté pour préciser que ce sont des groseilliers. De plus, le dispositif cinématographique mis en scène par Lars Von Trier avec le décor sans mur, sans verdure qui est censé représenter une ville des Rocheuses aux Etats-Unis à une époque indéterminée autour des années 30 et le jeu des acteurs qui s'en suit, vise à mettre à l'honneur tout l'aspect fictionnel de Dogville. Il y a donc une rupture avec les conventions cinématographique originelles qui ont pour but de faire oublier au spectateur la dimension fictionnelle légitime à chaque film pour les transporter dans une dimension aussi réelle que leur propre réalité quotidienne. Le réalisateur danois avec Dogville change complètement la donne.

En plus de fissurer, comme nous venons de le voir, les cohérences diégétiques et narratives, Lars Von Trier brouille également toute la cohérence discurssive de son film. Quel message veut-il nous faire passer ? Quelle image de l'Amérique nous donne-t-il à voir ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre clairement puisque la morale de Dogville elle-même refuse de donner des réponses. En effet, à la fin du film le narrateur déclare : « Quant à savoir si c'est Grace qui quitta la ville ou la ville qui quitta Grace ainsi que le monde en général, c'est une question beaucoup trop délicate pour que l'on ait intérêt à la poser et qui plus est à hasarder une réponse et ce n'est sûrement pas ici que nous le ferons. » Le réalisateur ne veut pas donner les clés du propos de son film. C'est à chaque spectateur d'avoir sa propre interprétation. Comment juger le revirement de situation avec la décision de Grace ? Alors que cette petite bourgeoise qui n'a jamais travaillé voulait « rendre le monde meilleur », par le biais de son parcours initiatique éprouvant physiquement et moralement à Dogville, elle choisit finalement de faire payer les habitants pour tout ce qu'elle a enduré. Ils meurent tous assassinés sous les balles des gangsters de son père qu'il a sous son autorité. Sauf Tom qui meurt par un coup de revolver donné par Grace. Cette fin déroute le spectateur qui se demande comment juger Grace et quel parti il faut choisir : celui des habitants qui ont été ignobles avec Grace et que se font massacrer sous ses yeux ou bien Grace qui se venge simplement et qui devient cruelle à son tour ? Ce questionnement paradoxal est recherché par Lars Von Trier. Il en fait le propos de son film qu'il achève avec la chanson de David Bowie « Young Americans » sur des photos présentées comme des échantillons des Etats-Unis et qui rappellent pour certaines, les personnages du film, (le chauffeur et les enfants notamment).

Dans Dogville, le travail de fracture des formes cinématographiques est total. Après avoir remis en question le décor et son intérêt, la manière dont la narration se présente et se déroule ainsi que le discours auquelle elle aboutit à la fin du film, Lars Von Triera mis à mal ses propres acteurs afin de toucher à une expérience cinématographique la plus complète.




Le réalisateur danois a mis à l'épreuve l'ensemble des acteurs de Dogville. Ils ont été « enfermés » pendant 6 semaines dans un studio en Suède. Ils ont dû apprivoiser un décor atypique en imaginant les murs et les portes des maisons de leurs personnages. Lars Von Trier leur a rappelé la consigne primordiale de ne pas regarder au delà des murs imaginaires. Une capacité d'abstraction exigée de la part des acteurs qui a pu permettre de réaliser l'effet de la scène du viol que personne ne voit mais que tout le monde peut voir à la fois si l'on oublie le dispositif imposé par le cinéaste. Les acteurs ont dû se mettre d'accord sur la façon de mimer les portes et le sens dans lequel il fallait les ouvrir. On peut saluer la performance d'acteurs contraints à évoluer sur un plateau de tournage inhabituel.

Ce sont autant de difficultés qui s'ajoutent au fait que chaque acteur vient d'horizons différents. Certains viennent du théâtres, d'autres du cinéma. Certains sont connus, d'autres moins. Certains sont suédois, d'autres américains. La configuration du tournage de Dogville, avec ce mélange de nationalités et de cultures que propose le casting en mêlant des figures du cinéma américain, comme Lauren Bacall et Nicole Kidman, à des acteurs et actrices suédois, comme Harriet Andersson, rassemblés dans un même lieu clos, a contribué à servir l'histoire du film. En vivant réellement cette expérience de groupe enfermés dans un décor identique pendant 6 semaines, les acteurs ont pu réinvestir ce qu'ils ont eux mêmes ressentis afin de donner corps à leurs personnages. Lars Von Trier a dirigé astucieusement ses acteurs en les plongant eux mêmes dans l'univers que vivent leurs personnages. Le réalisateur a puisé dans les ressources réelles des acteurs pour les mettre au service de la fiction. Les acteurs ont ainsi pu appréhender la différence avec toutes ces nationalités réunies et travailler l'esprit de groupe comme peuvent le faire les habitants. Etant donné que l'on ne change pas de lieu, tous les acteurs sont présents dans toutes les scènes.

Nicole Kidman est sans nul doute celle qui a dû davantage solliciter sa propre expérience pour interpréter le personnage de Grace. Une étrangère qui arrive à Dogville de la même manière que l'actrice australienne débarque dans un pays étranger, en l'occurence la Suède pour tourner le film. Cette méthode de Lars Von Trier de contraindre ses acteurs à utiliser leurs sensations réelles dans leur jeu fictif, résonne avec la méthode de travail de Roberto Rossellini exploité dans le film Stromboli avec Ingrid Bergman. Le cinéaste italien met à l'épreuve son actrice et future femme afin de toucher au réel. L'actrice ne joue plus. L'émotion de son personnage n'est pas factice puisque c'est ce que ressent véritablement Ingrid Bergman. Par exemple, lorsqu'elle court, le tournage est fait en continu afin de capter son essoufflement ainsi que sa coiffure et son maquillage qui disparaissent. D'autre part, l'actrice américaine a dû faire face à la barrière de la langue et de la culture italienne comme son personnage dans le film. De manière identique, Nicole Kidman a utilisé son statut d'étrangère en Suède au profit de son personnage de Grace qui doit s'intégrer dans une ville qui lui est inconnue ainsi que dans la vie bien établie des habitants. Le personnage de Grace dans Dogville se retrouve enfermée et prisonnière de la même façon qu'est prisonnière Ingrid Bergman dans Stromboli, enfermée sur l'île volcanique. Les deux personnages tenteront d'ailleurs de s'enfuir de l'endroit oppressant dans lequel elles se trouvent.

Lars Von Trier utilise les mêmes procédés que Roberto Rossellini il y a 60 ans. Le cinéaste danois est un disciple du père du cinéma moderne. Il réalise avec Dogville le plus bel exemple de modernité cinématographique.




Dogville est un film moderne. Non pas au sens où il a été tourné au début des années 2000 mais moderne par ce qu'il propose au spectateur. Le film se démarque des films ordinaires qui racontent en images une histoire de façon linéaire dans un décor varié en studio ou bien à l'extérieur dans un décor naturel.

Le film est un concept à lui tout seul. Lars Von Trier remet en cause les conventions traditionnelles du cinéma qui supposent de recréer le réel grâce aux acteurs et au décor qui doivent imiter la réalité. Le cinéaste décide au contraire de souligner la fiction. Il emprunte alors des éléments appartenant à la littérature en ayant recours à un narrateur et au découpage sous forme de chapitres. Il emprunte le décor habituellement réservé au théâtre noir etc. Tous ces critères servent à destabliser le spectateur, à bouleverser ses habitudes. Cette destabilisation fait la force du film puisque le spectateur fait l'expérience de ce qu'il n'a encore jamais vu.

Lars Von Trier déclare qu'un « film doit être comme un caillou dans une chaussure ». En d'autres termes, le film doit gêner le spectateur. Le pari est réussi avec Dogville puisque le décor déstabilise aussi bien les spectateurs que les acteurs. Même la fin du film est élément déroutant avec la morale à interpréter par le spectateur lui-même.

Lars Von Trier à l'orgine de la théorie du Dogme, une charte technique sur les interdits et les devoirs d'un cinéaste insistant sur l'originalité des sujets de films ainsi que la direction d'acteurs assez extrême, s'inscrit dans une démarche de modernité cinématographique et le prouve avec Dogville. Le réalisateur invente un nouveau dispositif qui permet de le différencier des autres longs-métrages communs. La modernité cinématographique est en quelque sorte la réutilisation des inventions passées, liées à la mise en crise des matières filmiques, afin de réinventer de nouveaux procédés au cinéma, en proposant de nouvelles manières de travailler le décor, la narration etc.. La recherche de modernité serait-elle l'unique intérêt du cinéma ?

Exemple du dispositif  cinématographique de Dogville : le décor est dessiné à la craie. Un challenge pour les acteurs.

Posté par pannetier à 11:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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