22 avril 2009

The Soldier's tale de Penny Allen : l'histoire d'une rencontre avec la réalité

Dans son deuxième film, la réalisatrice Penny Allen revient sur sa rencontre bouleversante avec un soldat américain qui a combattu en Irak. Le hasard de cette rencontre dans un avion entre Paris et Portland va faire de la cinéaste franco-américaine une autre témoin de l'horreur et de la violence quotidienne vécus par ces combattants. Ce soldat, compagnon de vol assis à côté d'elle, lui confie son expérience de la guerre en Irak pendant 11 heures. Il lui fait part de son traumatisme en essayant de lui montrer des images et des vidéos insoutenables qu'il a lui-même prises sur le front irakien. Autant de preuves fournies par un regard en contact direct avec la réalité. C'est ce regard sur le conflit irakien que Penny Allen veut faire connaître au public habitué aux images médiatiques. Son documentaire relate la mission que lui a donné inconsciemment le soldat : raconter son histoire et l'histoire de ce conflit en diffusant ses images.

                                             La réalisatrice et l'ancien soldat lors de leur deuxième rencontre

Penny Allen a tout de suite compris dans les premiers instants de sa rencontre avec ce soldat , le rôle de relais qu'elle pouvait endosser à partir de ce témoignage primordiale. Le soldat lui confie comme une nécessité thérapeutique son témoignage et les images qui le hantent dans sa tête ou sur le papier ou l'écran d'ordinateur lorsqu'ils visionnent ces morceaux d'horreur malheureusement réels. Il veut se délester du poids de ses propres images qu'il a prises lorsqu'il combattait en Irak. Le poids revient maintenant à la réalisatrice qui doit porter le projet de son documentaire comme une mission à réaliser. Elle se dit elle-même dans son film « piégée » par ce soldat. Otage de son témoignage mais aussi otage contrainte à voir la violence en face. Les spectateurs lorsqu'ils verront ce documentaire seront eux-même otages d'une réalité qu'ils ne voulaient pas voir ou uniquement regarder à travers l'écran de leur télévision lors du journal télévisé.

Jusqu'au bout de sa mission, Penny Allen se démène afin de diffuser son documentaire de 52 minutes au plus grand nombre. Consciente de l'absolue nécessité d'un tel témoignage, elle vient jusqu'à frapper à la porte des Cahiers du Cinéma à Paris, où elle vit depuis la guerre du Golf. Il lui aura fallu deux ans pour restituer l'histoire de cette rencontre dans ce documentaire et pour la faire connaître au public grâce au distributeur en 2007. Le soldat l'a suivie dans cette aventure en intégrant la mise en scène de son propre témoignage.

« A moi d'agir face à une responsabilité »

Alors qu'elle se rendait à l'enterrement de sa mère aux Etats-Unis, Penny Allen se retrouve face à au autre drame, celui d'un soldat américain qui ne parvient pas à faire le deuil des horreurs dont il a été témoin en Irak. Elle va donc l'aider à surmonter les souvenirs cauchemardesques qu'il conserve malgré lui ou presque puisqu'ils gardent avec lui ses propres images de la violence de cette guerre. Des traces du conflit vu de l'intérieur qu'elle va réutiliser dans The Soldier's Tale. En réalisant, ce documentaire sur l'histoire de ce soldat américain, Penny Allen « agit face à une responsablilité » de rendre compte du passé de cet homme en tant que combattant américain en Irak. Elle valorise l'importance de cette rencontre en la portant à l'écran.

Dans la première partie du documentaire, la réalisatrice propose une sorte de reconstitution avant et pendant leur rencontre. Les premières images du film la mettent en scène dans les allées de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Elle restitue aux spectateurs le contexte de sa rencontre inattendue avec soldat. Elle restitue également son histoire. Une histoire maintenant entremêlée à son propre destin de cinéaste. En voix off, Penny Allen explique le contexte de leur échange : « Il a parlé pendant onze heures. (...) Il a essayé de me montrer les images mais je n'ai pas pu. Il m'a également traumatisée ». La puissance des images du soldat, de ce témoin direct trouble la réalisatrice. Leur impact sur Penny Allen va lui prouver leur importance. Toutes ces archives personnelles mélangeant photos et vidéos prises par ce soldat soufflent d'une certaine manière à Penny Allen, l'histoire du documentaire à réaliser.

Après avoir été « piégée » une première fois dans l'avion par ce soldat à la suite de son témoignage, c'est au tout de la cinéaste de le piéger. Dans une deuxième partie du documentaire, elle vient à sa rencontre chez lui aux Etats-Unis pour filmer ses réactions et ses commentaires face à ses images. Elle le filme dans son salon pour « garder une trace de son témoignage ». Penny Allen construit, par conséquent, une archive en supplément des images du soldat. The soldier's Tale peut se définir comme un sanctuaire cinématographique d'archives inédites et nécessaires sur la seconde guerre du Golf. Une immersion dans l'insoutenable réalité.

En diffusant son documentaire à différents publics, comme c'était le cas le 04 novembre 2008 devant des étudiants à l'Université de Nanterre, Penny Allen poursuit son devoir et la mission qu'elle doit à ce soldat depuis leur rencontre dans l'avion. Cette américaine « peinée par son pays à cause de sa façon d'imposer son modèle au reste de la planète » est devenue officiellement française 4 semaines avant cette projection. Ce 04 novembre, Penny Allen ignorait encore qu'elle pouvait avoir des raisons de se réjouir. Pendant la diffusion de The Soldier's Tale à l'Université, Barack Obama était élu président des Etats Unis. Une élection historique qui annonce l'espoir d'un futur retrait des troupes américaines en Irak.

Posté par pannetier à 21:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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